Voilà un sujet très complexe : quel est le coût environnemental d’Internet ? Comment l’améliorer ?

En fait, ces questions partent d’un simple article, Home Computing contre Cloud Computing, fausse route ?, de Philippe Scoffoni. Celui-ci s’inquiète d’une généralisation des serveurs @home (ce qu’il appelle le Home-Computing, l’expression me plait bien), si celui-ci sortirait des cercles de geeks, qui réutilisent leurs vieilles machines pour faire des serveurs @home. Il imagine les conséquences écologies d’un parc de serveurs à domicile (correspondant plus ou moins au nombre de lignes ADSL en service), composées de “box” spécialement crées pour l’occasion (et non recyclées). Sa conclusion est sans appel : un désastre écologique.

Il indique en solution pour la liberté, un “cloud libre”, et essaye de trouver une définition, en se référant à la définition du logiciel libre et celle de la “Foundation for a Free Information Infrastructure” (FFI).

Toutefois, comme l’ont remarqué d’autres gens dans les commentaires, le problème était plus complexe que cela. Personnellement, c’est ce que je pense. Faire un choix entre Cloud computing et Home computing, c’est en réalité très complexe, et ce sur plusieurs points.

Sur le plan environnemental tout d’abord : -Déjà, quel est l’impact environnemental réel d’un datacenter ? Là, il faut compter le coût carbone de l’utilisation, mais aussi de la fabrication et de destruction. Dans les gros datacenters, les machines sont très régulièrement renouvelées. Et c’est ce renouvellement qui peut être bien plus coûteux environnementalement parlant qu’on ne le pense. De plus, les systèmes de refroidissement pour ces PCs sont énormes, et consomment beaucoup d’énergie. -Quel est le coût carbone de la bande passante ? Ce cout est-il plus élevée pour la ligne ADSL d’un particulier ? Ce coût est-il négligeable devant le cout carbone d’un PC ? Là encore, la question mérite d’être posée. Un particulier chez lui, qui accède à ses documents sur sa machine ne consomme pas de bande passante. Si le coût carbone de la bande passante est élevé, c’est à prendre en compte. Là ou ça devient plus complexe, c’est dans le cas d’un serveur avec des services “publics” : serveur web, mail (utilisé par d’autres), etc. Si l’on doit utiliser des lignes ADSL de bout en bout, on utilise des plus petits réseaux en sortie. Le coût carbone de cette bande passante est-il plus élevé que celui de la bande passante sur des plus grands réseaux ? -La fusion du serveur et de la box ADSL (tel que les Freebox, Neufbox, Livebox, etc) permettra-t-il d’économiser l’énergie d’un second PC ? -Le particulier lambda rachètera-t-il un serveur ? Ou recyclera-t-il ses vieilles machines pour cet usage (ce qui évite la créatin/destruction d’une machine et est globalement meilleur pour l’environnement, même si la nouvelle machine consomme moins) ? -Peut-il exister des systèmes de serveurs @home autonomes énergétiquement (alimentés avec du solaire par exemple) ?

Sur un autre plan maintenant, celui du social. -Déjà, quels seront les utilisateurs intéressés par un système @home ? Quelle sera la facilité de mise en œuvre d’un tel système ? -Concrètement, si tout le monde s’héberge @home, quelles conséquences pour Google & cie ? -D’ailleurs, quelles seront les conséquences pour les usagers de ne plus utiliser ces services ? Une meilleure confidentialité ? Un accès facilité de chez soi mais complexifié de l’extérieur ?

Techniquement, on est très loin des conditions optimales de la généralisation du home computing. Toutefois, si celui-ci venait à se généraliser dans le grand public, il aura des conséquences écologiques, de même que le cloud computing a d’énormes conséquences écologiques. Lequel est préférable sur le long terme ? Cela dépend d’un bon nombre de facteurs, et les deux sont assez difficiles à chiffrer. Aujourd’hui, à première vue, au niveau de l’utilisation (et uniquement de l’utilisation), un espace serveur en cloud computing serait préférable pour l’environnement. Mais les coûts carbones de la bande passante n’ont pas étés chiffrés, ni celui du renouvellement des machines.

Mais pas de conclusions trop hâtives. D’une part, tous les couts environnementaux n’ont pas étés chiffrés, et vont évoluer au gré des innovations. De plus, il faut évaluer la coût social des solutions, notamment au niveau de la confidentialité, et de la liberté de choix.

Il y aura peut-être des intermédiaires, comme des technologies de cloud avec des entrées/sorties standardisées, utilisées par de petits hébergeurs, éventuellement constitués sous forme associative. À mon avis, si les technologies de cloud pourraient être communes, avec des entrées/sorties standard, cela permettrait de passer d’un prestataire à l’autre… voir être vous-même le prestataire (et pouvoir passer d’un prestataire externe à un PC @home ou l’inverse). Un mix entre toutes les solutions, diverses et variées. Mais l’écologie devra être prise en compte, pour ceux qui s’hébergent eux-mêmes (en réutilisant leurs vieilles machines, en fusionnant le tout avec la Box qui permet l’accès à Internet, en utilisant des machines alimentées par des énergies propres, etc) ou pour les prestataires qui le font (comme par exemple, utiliser des énergies propres, ne pas renouveler les machines plus souvent que nécéssaire, faire attention aux coût environnemental du refroidissement, etc).